Prix de littérature de l’Union européenne

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Auteurs primés

Selja Ahava, Finlande

A propos de l'auteur:

Selja Ahava (b. 1974) a obtenu un diplôme de scénariste à  l’Académie de Théâtre d’Helsinki en 2001. Elle a écrit des scénarios de film, une série TV et une présentation radio. Elle a également écrit des ouvrages qui entremêlent  texte, espace et prestations.

Ahava a reçu une bourse de la Fondation Laila Hirvisaari pour son premier roman, The Day the Whale Swam through London (titre original : Eksyneen muistikirja). Le but de cette récompense annuelle est d’encourager des auteurs Finlandais talentueux en début de  carrière à écrire des livres  de grande qualité. Son second roman Things That Fall from the Sky (titre original : Taivaalta tippuvat asiat) a été nominé  pour le prestigieux prix littéraire  Finlandia.

Ahava a vécu à Londres 5 ans,  depuis lors s’est installé à Porvoo, où elle passe son temps à rénover une ancienne maison en bois et y élève ses enfants.

Editeur:

Gummerus Publishers

Foreign rights:

Helsinki Literary Agency
Bulevardi 7, 7th floor
FI-00120 Helsinki
FINLAND
tel. +358 40 737 5535
info@helsinkiagency.fi

Agent / Directeur des droits:

Urpu Strellman
urpu@helsinkiagency.fi

Droits étrangers:

Contact de l'auteur:

http://www.helsinkiagency.fi/selja-ahava/

Livre primé:

Synopsis:

Le roman de Selja Ahava un récit éblouissant qui explore l’inattendue et inexplicable nature de la réalité. Un triptyque de voix tisse ensemble une faisceau  de tentatives humaines pour forcer la vie en une suite logique d’événements.

Un jour ensoleillé d’été, un bloc de glace tombe  du ciel et tue  une femme dans la véranda de sa maison. Son histoire s’arrête brutalement et sa fille âgée de huit  ans, Saara est désormais orpheline.  Après la tragédie, Saara et son père  emménagent chez leur tante qui a gagné à la loterie. Peu de temps après, la tante  gagne le jackpot pour la deuxième fois et  tombe dans un profond sommeil de 3 semaines. Lorsqu’elle se réveille, elle est assaillie de questions concernant sa  bonne fortune et ce que le futur lui réserver. Elle décide de contacter un pêcheur écossais qui a été frappé quatre  fois par la foudre et lui demande conseil. Leur correspondance révèle des histoires de chance et coïncidence. Après 4 ans, Saara et son père retournent  dans leur ancienne maison avec la  nouvelle compagne du père, enceinte. La maison, dans laquelle les rénovations n’ont jamais été terminées, a repris vie et charrie ses propres graines de secrets.

Le roman combine gracieusement l’ordinaire avec  l’absurde radical, la beauté avec la violence, les contes de fées avec  d’étranges fait à propos d’objets tombant du ciel. Ahava nous parle de douleur et de perte dans une  prose gracieuse,  d’une voix sans effort et puissante.

Extrait:

TRANSLATION : by Martin Carayol

6.

Le temps passe et ma mère recule. On voit son pantalon et ses longs cheveux raides. Le vent agite sa chevelure, et elle se sert de sa deuxième main pour soutenir la main qui tient la cigarette. C’est dans cette position que je la vois s’éloigner.

Quand ma mère se penche sur le lit, ses cheveux s’échappent de derrière ses oreilles et tombent sur mon visage avec ses baisers. Quand je dis « ma mère se penche », c’est encore là. Alors que « ma mère se penchait », c’est terminé. Papa ne parle pas de maman, car il n’arrive pas à dire « se penchait ». Il n’arrive pas à parler d’elle au passé, parfois il commence une phrase par le nom de ma mère, mais la phrase s’interrompt.

Ma mère s’est interrompue.

Il parle de ses affaires, en revanche, parce qu’elles existent toujours. « Les skis d’Hannele sont à la cave, dit mon père, d’une voix ordinaire. Les armoires peintes par Hannele. Tu l’as mis là, à côté des bottes d’Hannele. »

On peut dessiner un trait autour d’un être réel, comme Hercule Poirot quand il y a un cadavre par terre. La mort est plus facile à comprendre quand elle a un coude, un jarret, une place sur le sol. Et quand le cadavre est évacué, il reste le trait blanc, sans personne à l’intérieur. Un peu comme une victoire au loto, plus facile à comprendre si c’est une somme d’argent. Mais les souvenirs n’ont pas de corps.

Au cinéma, les souvenirs apparaissent en noir et blanc.

On laisse la personne morte à un coin de route, la voiture s’éloigne, et par la vitre arrière on voit le mort rétrécir puis disparaître complètement. C’est comme ça qu’on meurt dans les films.

Mais en vrai ce n’est pas comme ça. Le temps ne fait pas rétrécir maman ni pâlir les couleurs. En fait, Maman explose en petits morceaux, qui continuent de flotter dans l’air. Ils sont tous très clairs — les cheveux, les doigts, l’éclat de rire, les sillons de la peau, les narines, les genoux qui craquent, le ventre qui gargouille — mais elle-même n’est pas là.

19.

Parfois, dans l’avion, par exemple au niveau d’une canalisation d’eau ou des toilettes, une fuite se déclenche. Pour de vrai. Si l’eau qui coule est bleue, ça vient des toilettes, si elle est transparente, c’est autre chose. Quand l’avion est au sol, l’eau tombe sous forme de gouttes. Quand il est en l’air, l’eau gèle à cause de la température extérieure très basse.

Le morceau de glace qui se forme pendant un long vol peut atteindre les dimensions d’un ballon de foot. Quand ensuite l’avion perd de l’altitude et que la température de l’air augmente, le glaçon peut se détacher de l’avion et tomber au sol. C’est ce qui tombe le plus souvent d’un avion en vol. Et quand il y a un jardin en dessous, avec quelqu’un qui fait du jardinage et élabore une pyramide de fraises, cette personne peut recevoir le glaçon sur la tête et mourir. Pour de vrai.

Mon père s’est mis à l’ordinateur. Il a à nouveau l’air normal — ça vient peut-être du fait qu’il a troqué ses lunettes de soleil pour ses lunettes habituelles, et qu’il porte une tenue de jour. Ou du fait que ses orteils ne coulent plus. Mais en tout cas il est assis devant l’ordinateur, il lit, il clique et il n’écoute pas. Tante Annu essaie de le mettre à contribution, car il faut déplacer l’enclos des moutons et vider le compost, mais mon père se contente de grogner.

« Oui oui, c’est bon. Tiens, écoutez ça », recommence-t-il. J’ai envie d’aller me réfugier à l’étage.

« Il y en toute une liste. C’est franchement incompréhensible que les gens s’intéressent si peu au sujet ! Les moteurs : en août 2000, un avion de la compagnie KLM a perdu un de ses moteurs. Le capitaine a réussi à faire un atterrissage d’urgence sur une plage. Les portes : en mars 2005, un Boeing de British Airways a perdu une porte et a dû atterrir en urgence. La porte est tombée à 20 mètres à peine d’un couple qui se promenait. Les pneus : en mai 2001, le pneu droit d’un appareil de Blue Panorama Airlines s’est détaché. Les vannes : en octobre 1999, la vanne de pression d’un avion de Delta Airlines s’est détachée et est tombée au milieu d’un lotissement tranquille. »

Il fait une pause et nous regarde d’un air éloquent, moi et tante Annu. C’est bien qu’il fasse enfin quelque chose et qu’il mette à nouveau des habits, mais je trouve qu’avec l’ordinateur il va un peu trop loin.

« Et ça continue : Les météorites. Le 30 novembre 1954, Elisabeth Hodges faisait la sieste dans son salon quand une météorite de 4 kilos traversa le toit, rebondit sur la radio et tomba sur la hanche d’Elisabeth. »

Il nous montre sur Internet une photo d’Elisabeth Hodges. Elle a une énorme ecchymose à la hanche.

« Les poissons. Quand une masse d’air chaude rencontre une masse d’air froide, il peut apparaître des mini-tornades qui aspirent des poissons et autres animaux marins et les transportent jusqu’au continent. Les crapauds. En 1794, des centaines de crapauds tombèrent du ciel, atterrissant sur une troupe de soldats français. Les balles de golf. En 1969, en Floride, il a plu des centaines de balles de golf. Mais ils disent aussi qu’il y a des cas où la théorie de la tornade ne fonctionne pas vraiment. Au nord de la Grèce, en 2002, il y a eu une pluie d’anchois.

— C’est peut-être un avion qui a perdu une cargaison, propose tante Annu.

— Mais au pays de Galles, en 1859, il y a eu une averse d’épinoches. À une époque où il n’y avait même pas d’avions ! » Il nous regarde par-dessus ses lunettes, comme s’il attendait la solution de l’énigme. « En plus, l’épinoche n’est pas un poisson grégaire, donc quelle tornade aurait bien pu sélectionner les épinoches et laisser dans l’eau tous les autres poissons, les pierres, les algues ? Tu as déjà réfléchi à tout ça ? » demande-t-il à Annu.

Puis la liste continue.

« L’argent. En 1940, en Union soviétique, il y a eu une pluie d’anciens roubles. En 1857, pendant deux soirs de septembre, il y a eu une pluie de grands cristaux de sucre en Californie. Par ailleurs, on a observé des pluies d’araignées, d’étourneaux, de vers de terre, et de gélatine. »

Il arrête de lire et nous regarde.

« De gélatine ? demande tante Annu.

— Ouaip. D’araignées, d’étourneaux, de vers de terre, et de gélatine. Mais pour ces quatre-là ils n’en disent pas plus. »

Je me mets à rire. Je sais que je ne devrais pas, mais c’est plus fort que moi. J’imagine à quoi aurait ressemblé ma mère si de la gélatine lui était tombée dessus. Peut-on mourir d’une chute de gélatine ? Au moins ça doit être plus doux qu’un glaçon gros comme un ballon de foot. Je ris parce que je me dis que maman aurait tout à fait pu inventer cette histoire de mort par chute de gélatine. Aaargh-bloub-bloub-bloub, elle aurait imité le dernier soupir du type asphyxié par la gélatine. La surface gélatineuse aurait continué de trembloter au-dessus du corps de ma pauvre mère.

« Putain c’est dur quand même », dit tante Annu en gloussant.

Mon père lui jette un coup d’œil étonné, fronce les sourcils puis émet un petit toussotement amusé.

« Tu m’étonnes. »

Puis il rit aussi, son premier rire de l’été.

Nous rions ensemble en pensant aux morts par chute de gélatine, aux épinoches projetées dans le ciel, aux couples qui se promènent sur les plages et qui se prennent une porte dans la figure, aux anges qui font le Mauvais Tour sans prévenir.

****

Cher monsieur MacKay,

J’ai regardé à la télévision le documentaire qui vous est consacré, et votre histoire m’a énormément touchée. Je voulais vous écrire car je suis moi-même un caprice du destin. Mon cas est certes très différent de votre histoire avec l’orage — en effet, j’ai gagné deux fois le gros lot au loto. Vu que vous avez été foudroyé quatre fois, vous trouvez peut-être que deux victoires ce n’est pas beaucoup, mais quoi qu’il en soit, moi ça m’a rendue assez dingue comme ça.

J’espère que ça ne vous dérange pas si je vous raconte mon histoire. Il y a trois ans, j’ai gagné le gros lot. Quelle coïncidence : pile mes numéros qui tombent dans les tuyaux de plastique ! C’était invraisemblable ! Mais d’un autre côté, il faut bien que les numéros de quelqu’un y tombent, dans ces tuyaux, et donc cette fois-là c’étaient les miens.

J’ai payé mes dettes et j’ai organisé ma vie à ma guise. J’ai voyagé. J’ai acheté une vieille maison. Je me suis fait construire le bureau parfait. J’étais heureuse ! Tout était réglé ! Vous comprenez, monsieur MacKay, toute ma vie j’avais manqué d’argent — et tout d’un coup c’était terminé. Quelle liberté, quel soulagement !

Mais ensuite il y a eu la deuxième fois. C’étaient encore mes numéros qui tombaient dans les tuyaux — des numéros différents de la première fois. Je ne savais pas que c’était possible, mais voilà. Et soudain j’ai eu l’impression que le hasard n’était plus une explication suffisante. Je n’étais pas joyeuse ou triomphante, je ne ressentais strictement rien. Bizarrement, cette deuxième victoire m’a fait passer le goût de la première.

J’ai été frappée d’une étrange culpabilité. Comme si j’étais allée jouer sans autorisation. Alors que je n’avais rien fait de mal ! J’ai toujours joué au loto, je ne voulais pas arrêter. J’aime l’excitation que procure le hasard. J’aime quand les boules tombent. Il n’y a pas grand-chose d’aussi régulier, dans la vie.

Je me suis dit que la vie continuerait. Que je vivrais, ferais des petits objets en feutrine, jouerais au loto, achèterais des choses en promotion.

Mais maintenant il y a autre chose, me semble-t-il. Qu’est-ce que c’est ?

Suis-je la victime d’une plaisanterie ?

Que va-t-il se passer ensuite ?

Après, j’ai vu le documentaire qui parle de vous et je me suis dit, tiens, cet homme comprend sûrement ma situation. Cet homme a dépassé le hasard, comme moi. Peut-être qu’il saura me répondre.

La BBC n’a pas voulu me donner votre adresse, mais votre aimable scripte a promis de transmettre cette lettre. Je vous laisse mes coordonnées.

Bien cordialement,

Annu Heiskanen

Chère madame Heiskanen, 

Je suis pêcheur. Je prends des homards et des langoustines. J’habite avec mon épouse dans une petite maison, et dans notre jardin poussent des haricots, des pommes de terre, trois sortes de choux, et des courges.

Vous demandez une explication, mais je pense que c’est à vous de trouver cette explication. Si j’en crois mon expérience, les explications que donnent les autres ne servent à rien.

Cordialement, 

Hamish MacKay

PS. Je vous donne mon adresse.

Monsieur MacKay, 

Excusez-moi de vous écrire encore. Je comprends bien que c’est moi qui dois résoudre le problème. Mais dans le documentaire vous aviez l’air si serein, je me suis demandé comment vous pouviez ne pas être effrayé ou furieux. Moi-même je suis en colère ! Ou je le saurais si je savais contre qui.

Ce n’est pas souvent que quelqu’un peut souligner un jour dans le calendrier en se disant que c’est le moment précis où sa vie a changé. Mais nous, monsieur MacKay, nous le pouvons. Quelqu’un d’autre pourrait dire que j’ai été frappée par le bonheur, et vous par le malheur, mais ce n’est pas si simple. Vous savez, on peut glisser sur un tapis sans se faire mal pour autant. C’est pour ça que je vous ai écrit, et que je vous écris encore, pardon. C’est juste que je suis très seule avec tout ça.

Cordialement, 

Annu Heiskanen

Chère madame Heiskanen, 

Je me suis moi aussi demandé si c’était une plaisanterie et ce que ça voulait dire, mais ces questions ne mènent nulle part. Donc j’ai arrêté.

Ma femme Mary a planté aujourd’hui des haricots à gousse dans le potager. Quand il lève de terre, le haricot à gousse est énergique, vert, plein de confiance. Il oscille un moment sur lui-même, comme un enfant qui apprend à marcher, mais dès qu’il frôle quelque chose il se sert de sa tige poilue pour s’enrouler autour de cette chose et s’appuyer dessus. Il a une confiance aveugle dans les inconnus.

Et savez-vous, madame Heiskanen, nous non plus ne sommes pas absolument seuls. J’ai lu dans le Reader’s Digest qu’il y avait aux États-Unis un garde forestier qui a été frappé sept fois par la foudre. Après la septième fois, il s’est tué avec un fusil de chasse. Et je ne peux guère lui en vouloir.

Bien cordialement, 

Hamish MacKay

Plus d'informations sur l'auteur avec extrait en v.o. et EN ou FR (PDF)

Autres travaux:

EKSYNEEN MUISTIKIRJA (The Day the Whale Swam through London)

A magical novel about being lost and trying to find the way.

Anna’s memory has shattered, and so has the time. She looks with wonder at the countless pieces of which her life consists, taking them in one at a time. She goes through her days detached from those close to her, detached from her surroundings.

There is the island and the sea, a familiar landscape, and there is Antti, her husband. When he dies in a car accident, Anna’s journey through time and different places begins. She tries to settle down in London, and for a while the metropolis seems to give room for a stranger alienated from others and from herself. But Anna is permanently lost in her own mind, disappearing from herself.

The Day the Whale Swam through London uses magical realism, fantasy and even gentle comedy in diving into a world of a person suffering from memory disorders. To Anna, however, losing her memories is a daily tragedy. Bravely and with determination she still tries to reach her own essence and humanity, the ability to live with others.

“A touching novel, finely-woven and narrated with clarity and precision.”
– Badische Zeitung

Finnish original: Eksyneen muistikirja
Publisher: Gummerus, 2010
Number of pages: 203 pp.
Reading material: Finnish original, German translation, English sample
Rights sold: Germany, Mare Verlag; Korea, Munhakdongne  

ENNEN KUIN MIEHENI KATOAA (Before My Husband Disappears)

What happens when the map of your life changes?

There are sentences that divide time into before and after. A woman loses her husband with one of these sentences. Helplessly she watches as she has less of a husband left with each passing day and how the past and the future collapse into the unknown – just like ships that drop off the edge of the map, there, where the sea monsters live.

She wants to commit her husband to memory before he disappears: who he was, how he moved, how he sat on the blue duvet, breathing, after just waking up. She wants to prove that she once had a husband. But other images unexpectedly rise to the surface above the others: Columbus kissing the sands of India. Columbus drawing a map that puts the mountains, islands, and harbors in place. Columbus yelling into a storm: “India was there!”

And the woman thinks: it’s possible to stand on a sandy beach, draw an island on a map and give it a name, and be off by a continent at the same time.

She still remembers every single thing about her husband and says: this was true.

Before My Husband Disappears  is a brutally honest story about the unexpected aspects of reality and the pain of letting go. Ahava’s powerful but natural prose turns an unbelievable story and a human tragedy into a moving work of art.

Finnish original: Ennen kuin mieheni katoaa
Publisher: Gummerus, autumn 2017 
Number of pages: 250 pp.
Reading material: Finnish original, English sample
Option publisher: World English, Oneworld