Prix de littérature de l’Union européenne

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20 mars 2015

Le Prix de littérature de l’Union européenne anime un débat au Salon du livre de Paris – 20 mars 2015

Promouvoir la diversité des œuvres littéraires européennes et encourager leur libre circulation : c’est dans cette optique qu’a été créé, en 2009, le Prix de littérature de l’Union européenne (EUPL). Mais comment y parvenir ? C’est la question sur laquelle a débattu le 20 mars, au Salon du livre de Paris, un panel d’acteurs du monde littéraire réuni par Europe Créative, le programme cadre de l’UE dédié aux secteurs culturels et créatifs qui finance EUPL.

Pas facile, a priori, de faire circuler les œuvres alors que l’UE compte 23 langues officielles différentes. Peut-on d’ailleurs parler d’une littérature européenne ? « Il n’existe pas de langue européenne. Donc, en un sens, il n’y a pas de littérature européenne », a estimé Piotr Paziński (lauréat 2012 pour Pensjonat). Cela dit, « nous partageons le même espace géographique », a constaté l’auteur polonais.

Le Macédonien Goce Smilevski (lauréat 2010 pour La liste de Freud) a évoqué de son côté un « esprit européen », en référence au philosophe autrichien Edmund Husserl, qui avait parlé au siècle dernier d’une « crise de l’esprit européen ». Autre élément militant en faveur de l’existence d’une littérature du Vieux Continent : la formation culturelle commune des auteurs. « Nous sommes tous les héritiers d’une culture gréco-latine », a rappelé Laurence Plazenet (lauréate 2012 pour L’amour seul). « Nous avons en outre une culture spécifique de la lecture, voire de l’accès au livre », grâce à un réseau dense de librairies et de bibliothèques municipales, a poursuivi l’auteure française.

Pour l’éditrice Marie-Pierre Gracedieu (Gallimard), la littérature européenne se caractérise aussi par « l’importance accordée à la singularité des voix ». Alors qu’aux États-Unis, les œuvres « paraissent relever davantage du story telling que de la création proprement dite », a expliqué Laurence Plazenet.

Au final, « la diversité culturelle est la grande richesse de l’Europe » a souligné Michel Magnier, directeur Culture et créativité à la DG EAC (Éducation et Culture) de la Commission européenne. « L’UE la soutient, via des prix et des programmes, en matière de littérature mais aussi dans tous les autres domaines artistiques », a expliqué Pascal Brunet, directeur du Bureau Europe Créative France.

« Cette diversité, nous devons la préserver et même la défendre », a poursuivi Michel Magnier. D’autant que la culture est un secteur économique majeur. Elle « représente 4,5 % de la richesse produite chaque année en Europe et emploie plus de 8 millions de personnes, soit plus que le secteur automobile ! » a précisé le représentant de la DG EAC, pour qui « la culture est de plus en plus le levier de la croissance et de l’emploi ».

Raison de plus, donc, pour faire circuler les œuvres. Encore faut-il qu’elles soient traduites. Une étape d’autant plus difficile à franchir pour les ouvrages émanant de « petits » pays européens. « J’aimerais que les éditeurs français cessent d’avoir peur des petits pays, qui font aussi partie de l’Europe et lui ont donné beaucoup », a plaidé Diana Jamborova Lemay, traductrice du roman Café Hyène de Jana Beňová. Primé en 2012, ce livre montre qu’il est possible de faire connaître les œuvres d’un « petit » pays comme la Slovaquie. « Le prix européen est là pour cela ! » a estimé Diana Jamborova Lemay.

Le Prix de littérature de l’UE amène « un grand changement », a confirmé Goce Smilevski. Après l’avoir reçu, La liste de Freud a été publié dans une vingtaine de langues (par exemple l’Éthiopien !). « Le prix est très utile pour faire connaître un auteur, en Europe mais aussi ailleurs dans le monde », en a conclu l’auteur macédonien. De plus, d’après Laurence Plazenet, « il donne une nouvelle vie aux œuvres, alors qu’un livre tombe souvent dans l’oubli au bout de deux ou trois ans ».

Particularité du prix EUPL : il est le seul au monde à être multinational et multilingue (les œuvres sont comparées dans leur langue d’origine puisqu’elles émanent d’auteurs émergents non encore traduits). 12 ou 13 auteurs européens sont primés chaque année, par des représentants des écrivains, des éditeurs et des libraires.